Concert à l’IFB : Pépé Oleka, une légende qui enflamme la scène du théâtre de Verdure

by Kolazine / il y a 22 heures / 0 Commentaires
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Le samedi 7 mars 2026, le Théâtre de Verdure de l'Institut français du Bénin, à Cotonou, a vibré d'une intensité rare. Pépé Oleka y a offert bien plus qu'un concert : une célébration de la femme, de la famille et de la culture béninoise, sous un ciel étoilé que la musique semblait avoir allumé. Il est 21h03 quand les premières notes s’élèvent dans l’air tiède de Cotonou. L’équipe orchestrale, déjà en place depuis, a pris soin d’installer chaque instrument avec la précision d’un rituel. Chaque siège dans les gradins est occupée depuis longtemps déjà. Mais l’envie d’être là déborde les rangées : dans les passages, sur les côtés, certains spectateurs se tiennent debout, refusant de manquer une seule note sous le ciel ouvert de Cotonou. On se serre, on se hisse, on s’installe là où l’on peut. Ce public n’a visiblement pas envisagé une seule seconde de rater cette soirée. Ce soir, le public ne vient pas assister à un concert, il vient vivre quelque chose. Frémissant, dense, le souffle retenu sous les étoiles, il attend. Pépé Oleka entre en scène en dansant au rythme des percussions. Elle est ensuite soulevée par un danseur qui avait déjà ébloui le public, et c'est à ce moment-là que la nuit bascule. Dès les premières mesures de Mi wa houé gbé, une onde parcourt l’assistance. Les corps se balancent, les lèvres murmurent les paroles. Quand Atia déferle à son tour, c’est une communion. Puis Séyi, puis Sêblakoko, ces reprises devenues emblématiques, font monter la fièvre d’un cran supplémentaire. Le public, « tout chaud » comme il se le dit, reprend les refrains en chœur, transformant le théâtre en une seule voix collective. Puis vient Mon soleil brille, et la lumière, ce soir, semble littéralement émaner de la scène. Un hommage aux femmes qui inspirent Au cœur du spectacle, un moment suspendu. Derrière l’artiste, un écran projette des visages, des femmes. Des anonymes, des icônes, des figures du quotidien ou de l’histoire. Pépé Oleka s’arrête, laisse les images parler, puis prend la parole avec une simplicité désarmante : « Il y a des femmes parmi elles que je ne connais pas et qui m’ont inspirée », a-t-elle déclaré. Ces mots tombent dans le silence nocturne avec la douceur d’une évidence. Dans les gradins, quelques spectateurs échangent des regards émus. « C’est cela, le propre des grandes artistes, transformer l’intime en universel », s'est prononcé avec un ton élevé un type. La famille au cœur de la scène Mais l’hommage ne s’arrête pas aux images. Pépé Oleka franchit un pas de plus dans l’émotion en invitant les siens à la rejoindre sur scène. Sa famille apparaît sous les projecteurs, accueillie par une ovation chaleureuse. Et parmi eux, celle dont la présence fait chavirer le cœur du public : sa mère, fan de country music. Pépé Oleka se tourne vers elle et, dans un silence habité, lâche ces mots avec une émotion à peine contenue : « Si je suis arrivée là aujourd’hui, c’est grâce à elle. » Mère et fille, côte à côte sur scène, l’une qui a tracé le chemin, l’autre qui le prolonge avec éclat. Le public comprend en un instant ce qu’il est en train de contempler : une transmission, un héritage vivant, une lignée artistique qui se donne à voir dans toute sa beauté. Les applaudissements montent vers le ciel ouvert, durent, durent encore, comme si personne ne voulait que ce moment prenne fin. La fièvre gagne les gradins L’enthousiasme, lui, ne tarde pas à déborder. Un homme, debout parmi les spectateurs, n’y tient plus. Il apostrophe les autres, les invitant à monter sur scène pour exprimer leur reconnaissance : « Oh ! On a un mauvais public là. Elle mérite des millions pour ce spectacle ». Un éclat de rire, puis des applaudissements nourris. Le mot « millions » résonne comme une hyperbole sincère, celle d’un spectateur subjugué, qui cherche dans la démesure les mots que la raison ne suffit plus à contenir. Les enfants de Médédjonou : quand la tradition fait irruption La soirée n’en finit pas de surprendre. Alors que personne ne l’attend, un groupe folklorique d’enfants venus de Médédjonou, dans la commune d’Adjarra, fait une entrée fracassante sur la scène. Petits corps bondissants, yeux brillants, tam-tams entre les mains, ils déboulent avec l’énergie sauvage et pure de ceux qui n’ont pas encore appris à se retenir. Leurs instruments résonnent avec une puissance étonnante pour leur âge, martelant des rythmes ancestraux qui se répandent dans la nuit et font frissonner les spectateurs jusqu’au dernier rang des gradins. Loin de s’effacer devant l’artiste, ces enfants la portent, la poussent, l’élèvent. Leurs tam-tams s’entremêlent à l’orchestre comme s’ils avaient répété ensemble depuis toujours. Ils reprennent les chansons de Pépé Oleka avec un enthousiasme débordant, scandant les refrains à pleins poumons, dansant sans calcul ni retenue. Sur scène, c’est un dialogue entre les générations, entre la tradition et la modernité, entre le village d’Adjarra et cette grande scène à ciel ouvert de Cotonou. Dans les gradins, la joie est totale et contagieuse. Les assis se lèvent, ceux déjà debout frappent des mains et tapent du pied. Wangnigni : la rencontre des phénomènes La soirée réserve encore une dernière surprise de taille. Bobo Wê, le phénomène incontournable de la scène musicale béninoise, fait irruption sur les planches. Ensemble, les deux artistes interprètent Wangnigni dans une complicité évidente, offrant au public un duo inattendu et électrisant. Les gradins, déjà à bout de souffle d’émotions, trouvent encore la force d’exploser. À 22h42, le dernier accord s’éteint dans la nuit de Cotonou. Cent neuf minutes de concert. Cent neuf minutes où Pépé Oleka a su tisser, tableau après tableau, un spectacle total : la virtuosité de son orchestre, la tendresse de son hommage aux femmes, l’émotion de retrouver sa mère sous les projecteurs, la fougue des petits tambourinaires de Médédjonou, et la complicité électrique avec Bobo Wê. En quittant le théâtre de verdure, nombreux sont ceux qui semblent flotter, comme si quelque chose, en eux, venait d’être à jamais rallumé. Ablam AKODJEVO

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